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Achat durable : 3 dimensions ESG et une échéance à anticiper avant août 2026

Éléonore Saint-Clair 6 min de lecture
Achat durable : dossier ESG, critères et échéance avant août 2026

Publié par : — Rédactrice spécialisée en business

Derrière l’expression « achat durable » se cache une notion précise, encadrée par des textes de loi et des normes internationales, et non un simple argument marketing. Que vous pilotiez des achats dans une entreprise ou une collectivité, comprendre ce que recouvre exactement ce concept permet d’anticiper les obligations à venir, d’en tirer des bénéfices concrets et d’éviter de le confondre avec des notions voisines comme l’achat responsable ou l’approvisionnement durable.

Qu’est-ce qu’un achat durable ?

Un achat durable désigne une décision d’acquisition de biens, de services ou de travaux qui intègre simultanément des critères environnementaux, sociaux et économiques, et pas seulement le prix ou la performance technique. Cette approche repose sur les trois dimensions historiques du développement durable, souvent résumées sous le terme de triple résultat (ou triple bottom line) : l’impact sur l’environnement, les conditions sociales tout au long de la chaîne de valeur, et la viabilité économique de la relation fournisseur sur la durée. Un achat n’est donc qualifié de durable que lorsqu’il tient ces trois axes ensemble, sans sacrifier l’un pour privilégier les deux autres.

Dans la pratique, cette logique s’incarne dans ce qu’on appelle les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), devenus la grille de lecture commune aux acheteurs publics comme aux directions achats d’entreprise. Un acheteur qui applique une démarche d’achat durable va par exemple comparer l’empreinte carbone de deux offres équivalentes, vérifier les conditions de travail chez un sous-traitant, ou s’assurer que son fournisseur dispose d’une gouvernance transparente sur ses engagements environnementaux.

Les critères qui définissent concrètement un achat durable

Plusieurs critères opérationnels permettent de qualifier un achat de durable : la réduction des émissions de gaz à effet de serre associées au produit ou au service, la traçabilité de la chaîne d’approvisionnement, l’absence de violations des droits de l’homme chez les fournisseurs et sous-traitants, la durabilité physique ou la réparabilité du bien acquis, et la capacité du fournisseur à produire un reporting de durabilité fiable. Ces critères ne s’appliquent pas de façon uniforme : leur pondération varie selon le secteur, la taille de l’organisation et le niveau de maturité de sa politique d’achats.

Achat durable, achat responsable, approvisionnement durable : où sont les différences ?

Ces trois termes sont souvent utilisés de façon interchangeable, ce qui brouille la compréhension du sujet. Ils désignent pourtant des périmètres légèrement différents, qu’il est utile de distinguer avant de construire une politique d’achats.

Notion Périmètre Angle dominant
Achat durable L’acte d’achat lui-même (critère d’attribution, condition d’exécution) Équilibre environnement / social / économique sur le produit ou service acheté
Achat responsable La politique globale d’achat de l’organisation Intégration de la RSE dans la relation fournisseur, au-delà du seul acte d’achat
Approvisionnement durable L’ensemble de la chaîne logistique et de la chaîne de valeur Résilience, traçabilité et gestion des risques sur toute la chaîne d’approvisionnement

En pratique, l’achat durable est souvent la brique opérationnelle qui permet de mettre en œuvre une stratégie plus large d’achat responsable, elle-même intégrée dans une démarche d’approvisionnement durable à l’échelle de toute la chaîne de valeur. Les trois notions se complètent plus qu’elles ne s’opposent.

Pourquoi les achats durables sont-ils devenus un sujet stratégique ?

Les achats publics durables sont aujourd’hui présentés comme un levier majeur de la transition écologique, du fait du poids économique considérable de la commande publique. Mais le sujet dépasse largement la sphère publique : les entreprises privées sont elles aussi de plus en plus exposées à des obligations de transparence sur leurs pratiques d’achat, portées par la pression des parties prenantes, des investisseurs et des clients finaux.

Le cadre juridique et les échéances à connaître

Le cadre réglementaire s’est construit progressivement depuis le milieu des années 2000, avec un renforcement continu des obligations. La commande publique s’est vue imposer l’intégration d’au moins une considération environnementale et d’au moins une considération sociale dans les marchés publics, tandis que les collectivités les plus importantes doivent publier un schéma de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables (SPASER). Le troisième plan national d’action pour les achats publics durables, couvrant la période 2022-2025, a structuré les objectifs sur cette feuille de route. La loi Climat et résilience, puis la loi Industrie Verte, ont ensuite élargi le champ des obligations, notamment en matière de critères environnementaux dans l’attribution des marchés.

Côté entreprises, la directive européenne CSRD impose désormais un reporting de durabilité détaillé, incluant les émissions de scope 3, c’est-à-dire celles générées indirectement par les fournisseurs et sous-traitants, ce qui rend les pratiques d’achat directement visibles dans les rapports extra-financiers. De nouvelles obligations doivent entrer en vigueur au plus tard en août 2026, renforçant encore le niveau d’exigence attendu des organisations. La norme ISO 20400:2017 sert de cadre méthodologique de référence pour structurer une démarche d’achat responsable, tandis que les référentiels GRI et SASB encadrent la façon de reporter la performance durable, en lien avec les objectifs de développement durable des Nations Unies, et en particulier l’objectif 12.7 relatif aux marchés publics durables.

Quels bénéfices concrets pour l’organisation ?

Au-delà de la conformité réglementaire, les achats durables produisent des effets mesurables. La maîtrise des risques fournisseurs arrive en tête : diversifier ses sources, auditer la chaîne d’approvisionnement et vérifier les conditions de travail permet de limiter les ruptures d’approvisionnement et les scandales réputationnels. La réduction de l’empreinte carbone est un deuxième bénéfice direct, souvent recherché via le rapprochement géographique des fournisseurs ou le choix de matériaux à plus faible impact. Vient ensuite l’amélioration de l’image de marque, un argument de plus en plus décisif face à des clients et partenaires attentifs aux engagements ESG. Enfin, une stratégie d’achat durable bien construite contribue à la maîtrise des coûts sur le long terme, notamment en réduisant l’exposition à la volatilité des matières premières et aux risques juridiques liés à la non-conformité.

Comment intégrer les achats durables dans ses processus ?

La mise en œuvre commence rarement par une refonte totale de la politique d’achats. Elle s’apparente davantage au travail d’un sillon : on trace d’abord un tracé étroit sur un périmètre limité, une famille d’achats, un fournisseur stratégique, un appel d’offres pilote, puis on repasse, campagne après campagne, en élargissant progressivement la profondeur et la largeur de l’exigence. Cette logique évite l’écueil du grand plan qui s’essouffle faute de résultats visibles : chaque passage, même modeste, laisse une trace mesurable et prépare le suivant.

Sur le plan opérationnel, cela se traduit par plusieurs leviers. Les critères d’attribution et les conditions d’exécution des marchés doivent intégrer des exigences ESG explicites et vérifiables, et non de simples déclarations d’intention. Un audit régulier des fournisseurs, appuyé sur des indicateurs chiffrés, permet de calibrer la gestion des risques et de prioriser les actions correctives. La publication d’un rapport de durabilité, même simplifié pour une PME, structure la démarche et crée un repère pour mesurer les progrès année après année. Enfin, l’adoption d’un référentiel reconnu, comme la norme ISO 20400, donne un langage commun aux équipes achats, juridiques et RSE, souvent nécessaire pour faire adhérer l’ensemble de l’organisation à une démarche qui, par nature, ne produit pas tous ses effets dès la première campagne.

Éléonore Saint-Clair
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